Bonjour Roger, pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer comment est née Axis Import, ainsi que votre positionnement spécifique sur le corridor Europe–Afrique subsaharienne pour le transport de véhicules ?
Bonjour, je m’appelle Roger Bah, j'ai 27 ans, et l'entrepreneuriat rythme ma vie depuis l'âge de 16 ans.
À 18 ans, j'ai lancé seul mon premier site de e-commerce. J'ai ensuite dû mettre cette activité entre parenthèses pour passer mon baccalauréat. Animé par un besoin d'indépendance, j'ai quitté Lyon et l'influence familiale pour m'installer à Valence. Initialement parti pour poursuivre mes études, ma passion pour la création d'entreprise a rapidement repris le dessus : j'y ai repris la gestion d'une salle des fêtes, à laquelle j'ai greffé une activité de restauration. Malheureusement, la crise du COVID-19 est arrivée, entraînant d'importantes difficultés qui m'ont contraint à tout fermer et à revenir sur Lyon entre 2020 et 2021.
Axis Import est le fruit de ce parcours jalonné d'échecs formateurs, de grandes ambitions, d'une motivation sans faille et d'une profonde ténacité.
Passionné d'automobile et adepte des trajets routiers, courts ou longs, j'ai toujours aimé conduire. Quand j'ai découvert sur les réseaux sociaux que le métier de convoyeur de véhicules existait et qu'il permettait de piloter une grande diversité de voitures, j'ai d'abord cru à une utopie. Après m'être sérieusement renseigné, j'ai sauté le pas : le 7 juillet 2025, je me suis immatriculé en tant qu'entreprise individuelle. J'ai débuté les convoyages dès le 7 août 2025, juste après avoir obtenu avec succès mon diplôme de Gestionnaire Comptable et Fiscal. Pour démarrer, je n'avais que 628 € en poche : le reliquat de l'indemnité de formation versée par France Travail.
C'est ainsi qu'Axis a fait ses premiers kilomètres. Ce secteur est passionnant, mais il cache des réalités complexes et des conditions parfois désastreuses pour les chauffeurs, souvent passées sous silence par les plateformes (un sujet crucial sur lequel nous reviendrons plus tard).
L'extension "Import" est née naturellement entre octobre et novembre 2025. Le flux de marchandises quittant l'Europe et la France à destination de l'Afrique et plus particulièrement de l'Afrique subsaharienne est colossal. Issu de la communauté africaine, j'ai vu ma famille et mes proches envoyer chaque semaine des colis vers la Guinée. De nombreux particuliers voyageaient chargés de dizaines de kilos de marchandises pour le compte de tiers, à des tarifs exorbitants (entre 10 € et 12 € le kilo depuis la France). Au-delà du coût, la logistique était désastreuse : colis endommagés, pertes sèches, ou marchandises bloquées indéfiniment en douane. Pour les clients, cela représentait des milliers d'euros volatilisés et un stress permanent.
Face à ce constat, j'ai immédiatement sollicité mon comptable pour entamer les démarches de constitution de notre société et structurer une offre professionnelle. Chez Axis Import, nous ne faisons pas que déplacer des véhicules ou des marchandises d'un continent à un autre : nous sécurisons et fluidifions un corridor commercial complexe et hautement stratégique. Notre positionnement repose sur une maîtrise de bout en bout (end-to-end) des flux de transport entre l'Europe et l'Afrique subsaharienne.
Le transport de marchandises et de véhicules vers cette région exige une flexibilité totale. Nous combinons plusieurs modes de transport pour nous adapter aux contraintes de chaque destination (Guinée, Sénégal, Côte d'Ivoire, Cameroun, Gabon, etc.).
La confiance est notre priorité. Nous offrons à nos clients un système de suivi en temps réel de leurs colis, du port ou de l'aéroport de départ jusqu'à la destination finale. Nos clients peuvent visualiser :
Chaque étape du trajet et les escales de l'avion ou du navire. Le statut douanier en direct (savoir si le colis est bloqué ou fluide). Les alertes d'éventuels retards. Tout est pensé, conçu et optimisé pour apporter une sérénité absolue à nos clients et garantir l'intégrité de leur fret et tout en proposant des tarifs inférieurs à ceux du marché.
Vous gérez au quotidien des flux de véhicules neufs et d’occasion entre ports européens (France, Belgique, etc.) et ports d’Afrique de l’Ouest : concrètement, quels sont aujourd’hui les principaux goulots d’étranglement logistiques que vous rencontrez (portuaire, douanier, terrestre) et comment Axis Import les contourne ou les anticipe ?
Gérer quotidiennement des flux de véhicules neufs et d'occasion entre les hubs européens (Anvers, Le Havre, Marseille) et les ports d’Afrique de l’Ouest (Conakry, Dakar, Abidjan, Lomé...) est un défi logistique permanent. Sur ce corridor, les goulots d'étranglement sont réels, mais chez Axis Import, notre valeur ajoutée repose précisément sur notre capacité à les anticiper et à les contourner.
Notre mission est de garantir l'intégrité absolue des colis de nos clients. Grâce à une anticipation rigoureuse et des vérifications systématiques en amont, nous facilitons le passage des marchandises auprès des services douaniers afin d'éviter tout désagrément à nos clients.
Le marché dépasse les 4 millions de véhicules d’occasion expédiés chaque année vers l’Afrique : qu’observez-vous comme évolution dans la demande (types de véhicules, provenance, exigences des clients africains) et comment cela impacte vos choix entre Ro-Ro et conteneurs, ainsi que votre organisation opérationnelle ?
Pour les véhicules d'occasion standards, le Ro-Ro reste le maître absolu pour des raisons de coût. En revanche, pour la nouvelle vague de véhicules récents, technologiques ou haut de gamme exigés par nos clients, nous privilégions de plus en plus le transport par conteneur sécurisé. Cela protège l'électronique des embruns marins et garantit qu'aucun accessoire ne soit dérobé lors des escales portuaires.
Axis Import met en avant l’assemblage et le contrôle qualité des produits importés : en quoi cette étape est-elle stratégique pour fluidifier la chaîne logistique, réduire les litiges et sécuriser la valeur pour vos clients en Afrique subsaharienne, où les normes et infrastructures peuvent fortement varier d’un pays à l’autre ?
Pour Axis Import, l’étape d’assemblage et de contrôle qualité en amont n’est pas une simple option logistique : c’est le cœur de notre promesse de valeur et le pilier central de notre stratégie sur le corridor Europe–Afrique subsaharienne.
Dans une région où les infrastructures, les conditions climatiques et les cadres réglementaires varient considérablement d’un pays à l’autre (du Sénégal à la Guinée, en passant par la Côte d'Ivoire ou le Gabon). Cela permet d’éviter le blocage des marchandises et l'exposition à des frais douaniers imprévus, qui peuvent paralyser une chaîne logistique pendant des semaines et générer des coûts de stockage (surestaries) colossaux.
Sur le terrain, la multimodalité (mer, route, parfois air) est souvent plus un casse-tête qu’un atout : pouvez-vous nous décrire un cas concret où vous avez réussi à optimiser une chaîne d’approvisionnement Europe–Afrique en jouant intelligemment sur les différents modes de transport et les partenaires (transitaires, armateurs, acteurs comme Axis Shipping à Casablanca, etc.) ?
Pour être totalement transparent avec vous, Axis Import a été immatriculée en juillet 2025 et a démarré ses activités opérationnelles au mois d'août de la même année. À ce jour, nous n'avons pas encore été confrontés à un cas de force majeure complexe nécessitant de jongler en urgence entre la mer, l'air et la route pour un même client. Je refuse d'inventer une fausse réussite par souci marketing : la confiance de nos clients se gagne d'abord par l'honnêteté.
En revanche, ce que je peux vous dire, c'est que c'est précisément pour éviter que la multimodalité devienne un casse-tête que j'ai créé Axis Import. Dans mon parcours, et en observant la manière dont mon entourage ou les particuliers géraient leurs flux vers l'Afrique subsaharienne, j'ai vu à quel point le manque de coordination faisait des ravages : des colis envoyés par des réseaux informels qui se retrouvaient bloqués parce que le transporteur routier n'avait pas anticipé le transitaire au port, ou des marchandises abîmées à cause de ruptures de charge mal maîtrisées.
Notre stratégie actuelle pour que la multimodalité reste un atout repose sur deux piliers concrets :
1. Le principe du interlocuteur unique
Aujourd'hui, quand un client nous confie un véhicule ou une marchandise, il n'a pas à gérer un convoyeur en France, puis un transitaire au port d'Anvers, puis un armateur, puis un autre agent à l'arrivée. Axis Import centralise tout. Nous faisons l'effort d'assemblage, de contrôle qualité et de vérification douanière en amont pour que, même si la marchandise change de mode de transport (de la route au navire), le dossier reste fluide et sans accroc.
- Le choix de partenaires clés (comme le hub de Casablanca).
Avec la pression croissante sur les délais, la digitalisation des douanes et les enjeux environnementaux, comment imaginez-vous l’évolution du transport de véhicules entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne dans les 5 à 10 prochaines années, et sur quels leviers technologiques ou réglementaires Axis Import mise-t-elle pour rester en avance ?
Voici notre vision de l'avenir, en restant fidèles à notre approche pragmatique, transparente et ancrée sur les réalités du terrain chez Axis Import :
Pour une jeune entreprise comme la nôtre, née en 2025, regarder à un horizon de 5 à 10 ans est un exercice à la fois stimulant et obligatoire. Le corridor Europe–Afrique subsaharienne est en pleine mutation. L'époque de la logistique "artisanale" et opaque touche à sa fin.
Les 3 grandes mutations du marché d'ici 5 à 10 ans. 1. La numérisation totale et la tolérance zéro aux frontières
La digitalisation des douanes africaines (comme les systèmes de guichet unique automatisés) va s'accélérer. Le temps où l'on pouvait régler un problème de dossier papier directement sur le quai du port va disparaître.
L'évolution : Les contrôles se feront de plus en plus en amont, de manière totalement dématérialisée, avant même que le navire ne quitte l'Europe. Un seul document manquant ou mal codé bloquera informatiquement toute la procédure. 2. Le durcissement vert (Normes environnementales)
C'est le changement le plus radical. Pour lutter contre le fait que l'Afrique devienne le "dépotoir automobile" de l'Europe, les pays subsahariens vont continuer à abaisser l'âge maximum des véhicules autorisés à l'importation (vers des limites strictes de 3 à 5 ans maximum, voire l'interdiction pure et simple des moteurs thermiques les plus polluants à terme). De plus, l'Europe va taxer de plus en plus lourdement l'empreinte carbone du transport maritime.
3. L'exigence d'une transparence de type "e-commerce"
Les clients africains et de la diaspora ne toléreront plus de ne pas savoir où se trouve leur bien. Ils exigeront la même expérience client qu'en commandant sur un grand site de e-commerce : une notification à chaque étape (Prise en charge, Douane Europe, Embarquement, Position en mer, Débarquement).
N'étant pas encore un géant de la logistique mondiale, notre force réside dans notre agilité et notre capacité à adopter les bons réflexes technologiques et réglementaires dès le départ.
Pour conclure, quel conseil très concret donneriez-vous à un importateur ou un entrepreneur africain ou européen qui souhaite se lancer ou monter en puissance sur le transport de véhicules Europe–Afrique, afin d’éviter les erreurs les plus fréquentes et de construire une chaîne logistique vraiment fluide et durable ?
Si je devais donner un seul conseil très concret à un entrepreneur ou un importateur qui souhaite se lancer sur ce corridor, ce serait celui-ci :
Ne vendez pas, ne chargez pas et ne convoyez rien tant que le dossier documentaire et la conformité douanière du pays d'arrivée n'ont pas été validés à 100 % sur votre bureau en Europe.
Pour en savoir plus : https://www.axisimport.fr